Enquête : l’origine de la fiabilité des motos japonaises

La fiabilité des motos japonaises est la résultante d’une bonne qualité de matériaux, de conception et de fabrication, qui puise elle-même son origine dans la culture et le modèle social et industriel japonais. MJ a mené l’enquête.

Avec la collaboration d’Achille Couderc, Didier Kaluza et Marco Raymondin.

fiabilité japonaise
Avec la collaboration d’Achille Couderc, normalien spécialiste du japon, de Didier Kaluza et Marco Raymondin experts respectivement en mécanique japonaise et anglaise. ©Motorrad

Avant la fin des années 70, la notion de fiabilité n’existe pas dans le monde de la moto. La moto, ça pue, ça tombe en panne et c’est réservé aux marginaux prêts à se salir les mains. Jusqu’à ce que les machines japonaises débarquent. En souhaitant faire de la moto un loisir de masse qui touche le plus grand nombre, les Nippons introduisent des standards de fiabilité jusqu’alors inconnus. On passe d’une logique d’artisanat passionnel à une logique d’industrie rationnelle.

La fiabilité japonaise : un héritage culturel

La culture japonaise explique en grande partie la rationalité de son industrie. Elle est enracinée dans des concepts profonds, qui constituent un terreau parfait pour la fiabilité des motos. Nous vous avons recensé et expliqué les plus marquants d’entre eux :

  • A commencer par le Shintô, qui est la plus ancienne « religion » japonaise. Elle est bâtie sur un tissu mythologique et constitue un des socles de la morale au japon. Dans cette dernière tous les objets ont une âme (un   kami). D’où la fascination populaire des nippons pour les machines, qui les poussent à accorder un soin tout particulier à leur conception et leur fabrication.
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Le Torrii, symbole du Shintoïsme ©wiki.com
  • La philosophie du , qui caractérise la maîtrise totale des pratiques, s’extrayant de la faille humaine, pour obtenir la perfection dans tout ce qui est entrepris.
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Le  “do”, la “voie”. ©aikido.fr
  • Le «Hone », qui régit la vie en entreprise et qui se traduit par le sens de la famille et du clan. Analogiquement on parlerait en France d’une culture d’entreprise très forte, qui implique de fait une rigueur à l’ouvrage et une implication maximale du travailleur dans son entreprise.
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Le confucianisme. ©i.pinimg.com
  • Et enfin, l’héritage culturel du confucianisme qui cherche à atteindre l’harmonie en plaçant chaque chose à sa place. Cela se manifeste en entreprise par un sens du devoir et une obéissance hiérarchique très forte, forcément bénéfiques à l’industrie.

Un modèle social favorable

Au Japon, la frontière entre le domaine privé et public est très poreuse. Si bien que les entreprises sont emplies d’un devoir national et cherchent avec la collaboration de l’Etat, à assurer la pérennité de l’industrie du pays, notamment par la qualité de la production.

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Avec son industrie le Japon cherche à rayonner à travers le monde. ©kanpai.fr

Leurs efforts conjoints ont créé une synergie à l’origine du positionnement du Japon sur la qualité, la technologie et la recherche en R&D, au début des années 70. L’objectif étant de rompre avec l’image de manufacture asiatique peu développée, dont a aujourd’hui hérité la Chine.

La naissance d’une Honda RC30… divin.

Un modèle industriel et économique propice

Ce positionnement a, notamment, été porté par Toyota par le biais de ce que l’on a appelé la doctrine du Toyotisme. Cette doctrine est basée sur le Kaizen, qui exprime la volonté d’une amélioration constante vers la perfection. Pour faire simple, c’est une manière de réinventer le taylorisme en mettant l’accent sur la qualité plutôt que sur la productivité.

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Le “Kaizen”, la voie vers une amélioration constante. ©wiki.com

Le fonctionnement mercantile nippon diffère de notre modèle européen, et s’avère également propice à une haute qualité de fabrication et de fiabilité. Là où nos marchés sont hyperconcurrentiels et presque destructeurs, il existe au Japon une vraie “solidarité”. D’énormes trusts privés (appeler les Zaibatsu, ex : Mitsubishi) chapeautent toute l’industrie en possédant toutes les strates de l’économie, du fournisseur au fabriquant. Ils régissent les relations et fédèrent les protagonistes des marchés autour d’une cause commune : la qualité et le succès du produit final.

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Aéronaval, ferroviaire, sous-marin… la moto n’est qu’une minuscule part de la Kawasaki Heavy Indutrie ©kawasaki.fr

À leur arrivée sur le marché de la moto, les marques japonaises avaient l’aubaine d’être adossées à de véritables empires industriels, pluridisciplinaires et à la pointe de la technologie. Alors que les outils et processus de production des marques de moto européennes, et notamment des anglaises, étaient vieillissants et  totalement caducs.

Qualité de conception

La conception des motos européennes a été pendant longtemps obsolète et archaïque face au modèle nippon. Par exemple, les Bonneville T 100 de Triumph des années 70’ partagent plus d’une trentaine de pièces avec les modèles de 1938 ! Les japonais ont fait souffler un vent de modernité et introduit des standards mécaniques, qui paraissent aujourd’hui bénins, mais qui sont devenus communs :

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Ils ont par exemple résolu la question des motos qui pissent l’huile, en remplaçant les plans de joint verticaux des carters moteurs par des plans de joint horizontaux (voir photos). Ils ont aussi amélioré la lubrification des moteurs, en perçant finement sur toute leur longueur les pièces d’embiellages, de manière à créer de petits canaux destinés à laisser passer de l’huile. Sans parler de la simple augmentation des diamètres de câble pour les rendre plus résistants. Ou des épurateurs centrifuges situés dans le vilebrequin, remplacés par des filtres à huile beaucoup plus accessibles. Bref, les exemples sont nombreux et édifiants.

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Avec les premières générations de VFR, GSX-R, et autre Ninja (1984/85), les japonais ont enfoncé le clou et fini de sceller le cercueil de plusieurs marques européennes. Aujourd’hui, celles qui restent se sont mises à la page et les écarts de fiabilité sont moins flagrants. Ils sont surtout le fait de politiques d’économie de coût, qui impactent directement la qualité de fabrication.

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Avec la collaboration d’Achille Couderc, normalien spécialiste du japon, de Didier Kaluza et Marco Raymondin experts respectivement en mécanique japonaise et anglaise. Avoir deux sons de cloche nous extrait des sempiternelles querelles de chapelles.

Rémi

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  1. Jean Pierre le 30/04/2018 at 13 h 24 min

    Bonjour Moto Journal,
    Très bel article, mais s’il vous plaît arrêtez de présenter M. Didier Kaluza comme un expert et faire sa promotion.
    Ce monsieur est un escroc en liquidation personnelle ayant arnaqué un nombre très important de passionnés.

    1. frederic le 30/10/2018 at 19 h 13 min

      bonsoir , Merci , je fais parti du club et vient de rajouter mon commentaire

    2. Jean Pierre le 31/10/2018 at 21 h 43 min

      Je confirme. Monsieur Kaluza est expert en escroqueries.
      Arretez d’en faire sa promotion.

  2. vulcan le 25/12/2017 at 17 h 28 min

    La fiabilité et la qualité, oui, mais à quel prix ?
    http://www.lefigaro.fr/emploi/2016/10/08/09005-20161008ARTFIG00105-un-japonais-sur-cinq-risque-la-mort-par-surmenage.php

  3. Katocheman Enchaussons le 22/12/2017 at 17 h 42 min

    Ah, moi qui était critique sur la vidéo des différentes architectures de moteurs qui nous prenais un peu pour des enfants de 6 ans… Voila un article, fait avec amour, que ça donne envie à nos “zieux” de le lire!

    Bravo MJ et Joyeux noël!

  4. Arnaud K le 22/12/2017 at 15 h 43 min

    Merci beaucoup pour cet article intéressant et bien construit !
    Toujours au top MJ

  5. Kawa14 le 18/12/2017 at 22 h 01 min

    Merci pour votre article que j’ai pris plaisir à lire. C’est toute ma jeunesse. Super intéressant.

  6. Tonton Tata le 18/12/2017 at 18 h 56 min

    Très intéressant. Il aurait fallu ajouter la nécessité de se reconstruire à l’international après la défaite de 1945. Le Japon a remonté les filières en commençant par la moto. Il a retrouvé sa place dans le concert des nations en commerçant avisé. Sa survie passait par là.

  7. alain coudert le 18/12/2017 at 15 h 45 min

    Très intéressant , bel article .
    Quand c’est bien , il faut le dire aussi !

  8. Rubi le 18/12/2017 at 13 h 58 min

    Merci pour ce bel article à la fois savant et très clair

  9. philippe desmarets le 18/12/2017 at 13 h 21 min

    Bonjour ? Très bon article , mais je crois que vous avez inversé les compétences de vos experts !! Que je sache Marco Raimondin est un expert en anglaise !

    1. Rémi Darodes le 18/12/2017 at 16 h 48 min

      Exact, navré pour cette erreur d’inattention. Vous avez raison, Didier est bien expert en 900 Z1 et Marco en vieille anglaise 😉
      Moto Journal

  10. Julien Cordeille le 18/12/2017 at 10 h 39 min

    Excellent article!!! On en veut plein des comme ça!!! Merci MJ.