Grands Prix : rookie, à la recherche de la transition parfaite

Un changement de catégorie est toujours un moment important dans la carrière d’un pilote de Grands Prix. Si les différences entre une Moto2 et une MotoGP sont importantes, notamment en terme d’électronique, les spécificités entre une Moto3 et une machine de la catégorie intermédiaire ne sont, là aussi, pas les mêmes. Sans compter que le pilote doit, également, se construire un capital confiance, ingrédient essentiel dans la quête de la performance.

Franco Morbidelli (n°21) à la bagarre au Grand Prix de France face à Hafizh Syahrin (n°55) et Takaaki Nakagami (n°30, au fond). Tom Lüthi et Xavier Siméon sont les deux autres débutants en MotoGP cette saison. ©Gold and Goose

On dit souvent que la dernière marche est la plus difficile à franchir. Que pour réussir à l’escalader et s’y maintenir, il faut arriver, le plus vite possible, à mettre tout bout à bout sous peine de voir la sentence de la compétition, irréfutable, venir souffler au coin de l’oreille une certaine forme de pression. L’apprentissage doit se faire vite, en seulement quelques mois et quatre séances d’essais avant de se voir confronter à la réalité donnée par la première course de la saison.

Ce laps de temps, extrêmement court donc, doit servir aux nouveaux venus à engranger le plus de données possibles, à s’acclimater à une nouvelle machine, à en tirer la quintessence. Mission qui peut s’avérer, parfois, beaucoup plus délicate que prévue. Le saut du Moto2 au MotoGP, la catégorie reine, n’est en effet pas si simple que cela tant les machines sont différentes. Avec un moteur prototype, développant souvent plus de 260 chevaux, les repères sont en effet totalement différents par rapport à ceux que les pilotes prenaient avec le bloc Honda 600 CBR du Moto2.

Champion du monde de la catégorie intermédiaire la saison dernière, Franco Morbidelli ne dit d’ailleurs pas le contraire. En MotoGP, tout va plus vite, tout est démultiplié. « La principale différence, c’est vraiment le moteur, confirmait le transalpin après sa première sortie sur la Honda du team Marc VDS à Valence, en novembre dernier. En conséquence, le freinage est aussi beaucoup plus physique car vous abordez un virage avec tellement plus de vitesse… » Les disques ne sont, là aussi, pas les mêmes. En MotoGP, les pinces sont en carbone avec deux diamètres proposés sur l’ensemble de la saison : 340mm et 320mm. Pour la catégorie Moto2, le freinage est confié à des disques en acier.

L’électronique est un facteur clé à apprendre quand un pilote débute en MotoGP. ©Gold and Goose

Électronique haut de gamme

Mais plus que des paramètres liés uniquement au domaine de la mécanique pure, un autre secteur a pris une place importante, et même cruciale, ces dernières saisons : l’électronique. Si les programmes sont moins évolués que par le passé, la Dorna ayant décidé d’imposer un logiciel unique depuis 2016, c’est un facteur qui reste tout de même prépondérant dans le pilotage d’une MotoGP.

Lors de son passage en catégorie reine, la saison dernière, Johann Zarco expliquait, après son premier test à Valence, l’importance de l’électronique : « Une fois que nous étions parvenus à notre temps de référence, nous nous sommes concentrés sur ce point, oui. Pendant douze tours, j’ai roulé avec des pneus usés en changeant de mapping afin de bien comprendre les choses. Ce n’était pas si important que cela de travailler sur les suspensions car avec l’électronique, on peut contrôler la moto et ainsi lui imposer moins de mouvements ». Les différents mappings, qu’on peut également appeler cartographie, dont parle le double champion du monde Moto2 français sont calculés à l’avance pour coller du mieux possible à la situation que rencontre le pilote en course, en fonction, notamment, de l’essence qui lui reste dans le réservoir et aussi selon l’usure de ses pneumatiques.

Chaque pilote intégrant les rangs de la catégorie reine est confronté à cet apprentissage surtout que l’électronique n’existe pratiquement pas en Moto2. Une situation, toutefois, qui changera l’année prochaine avec l’arrivée de Triumph comme motoriste de la catégorie intermédiaire. Lors des derniers essais menés par Julian Simon sur le trois cylindre britannique, les ingénieurs de Magnetti Marelli ont fait leur apparition pour commencer à plancher sur ce nouveau boîtier électronique.

Débutant en Moto2 cette année, Romano Fenati soulève la dimension physique de ce passage en catégorie intermédiaire. ©Gold and Goose

Une dimension physique

Si la transition entre le Moto2 et le MotoGP impose plusieurs changements, il en est de même pour le passage entre le Moto3 et la catégorie intermédiaire. Après avoir passé six années dans la plus petite des catégories, Romano Fenati a dû s’adapter à cette nouvelle machine, plus imposante. Lors des essais hivernaux, à Jerez, l’Italien disait en effet que, pour lui, le principal changement était surtout la différence de gabarit entre ces deux machines.

« Une Moto2 est vraiment grosse, confie le natif de Ascoli, dans la région des Marches. Je dois donc m’entraîner de façon plus intensive que par le passé ». Fenati n’a cependant pas mis beaucoup de temps à trouver ses marques. Septième du Grand Prix de France, il était à la lutte pour rentrer dans le top cinq sur ses terres, au Mugello. Joan Mir a, lui aussi, rapidement trouvé la voie pour se porter sur le devant de la scène. S’il partage l’avis de Fenati sur la dimension physique de ce passage, le champion du monde Moto3 2017 évoque surtout les différences de pilotage entre ces deux machines.

Au cours de l’hiver, le Majorquin a notamment dû trouver un nouveau style afin de coller au plus près au caractère de sa monture. “Pendant les essais hivernaux, notre but était d’augmenter l’adhérence au niveau du pneu arrière, explique-t-il. Mais le principal objectif était tout de même de réaliser quelques changements au niveau de mon style de pilotage afin de trouver de la performance”. Mir pointait aussi un autre point important, qui vaut d’ailleurs pour n’importe quel changement de catégories ou de montures : la confiance. Ce ressenti avec la machine, parfois difficile à expliquer et qui, pourtant, joue une grande part dans les résultats d’un pilote.

Valentin Roussel

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