Edito : corbeau noir

Edito à lire dans Moto Journal n° 2016 du 13 septembre 2012

Couverture MJ 2016 du 13 septembre 2012

Comment parler de guigne lorsqu’on chute à plusieurs reprises à moto et qu’on ne s’en tire qu’avec un pouce cassé ? Je pourrai toujours arguer que rien ne m’aura été épargné durant ces 24 Heures du Mans, du concurrent qui chute sous mes roues au moteur qui explose et vomit son huile sans prévenir à 6 minutes de la fin, en passant par un bris de chaîne au pire endroit du circuit, le fait est que j’étais derrière mon clavier pour composer ce texte le lendemain.

Passablement cabossé, certes, mais sur mes deux jambes et toujours capable de sourire à ceux qui me conseillaient « d’arrêter mes conneries ». Une semaine avant de galérer à pousser sur des kilomètres cette satanée machine avec mon pouce à l’envers, j’étais sur le circuit du Vigeant où mon homologue de Street Monsters, Antoine Collignon, dont j’admirais l’indépendance, l’inspiration et la ténacité, perdait la vie dans un crash pour le coup véritablement malchanceux.

Même si on s’en défend toujours farouchement quand on est pilote, ces souvenirs nous hantent sans crier gare. Même le grand Ago l’a confessé récemment lors d’une interview, lui qui évoluait à une époque autrement plus périlleuse mais qu’on croyait imperméable à ce genre de sensiblerie. Gérald, notre Gérald, qui ne rate aucun rendez-vous d’anciens combattants sur les circuits du regretté Continental Circus, n’a jamais cru à ces confessions. Jusqu’à ce que Christian Sarron lui-même le lui avoue à Imatra cet été : « Sur la grille de départ, je me disais que l’un de nous ne serait peut-être plus là le soir ». Inutile de dire que, même meurtri, je vais me remettre de ne plus sucer mon pouce pendant quelque temps…

Et même si j’ai bien juré en corbeau noir qu’on ne m’y reprendrait plus, je réfléchis au texto de l’un des vainqueurs de cette 35e édition des 24 Heures du Mans, Freddy Foray, tout juste sorti d’une saison exécrable en Superbike anglais : « La roue tourne mon gars, tu as pris cher cette fois ci mais ca ira mieux la prochaine…. Ne jamais prendre de décision après une défaite ».

David Dumain, rédacteur en chef

 

Vos avis

  1. alphapha du 86 le 13/09/2012 at 13 h 56 min

    perso je reste admiratif de votre ténacité Monsieur DUMAIN, car en effet certains pilotes “invités” comme vous l’avez était, auraient jeté l’éponge depuis longtemps, afin de rejoindre leurs douillets cocoon … 😉

    Je ne souhaite pas du tout, vous voir prendre votre retraite “sportive” pas assez cotisé 🙂

    Stephane votre NOUNOU bien dévoué

  2. rick le 12/09/2012 at 22 h 06 min

    Ouai éternelle question raisonnable ou pas raisonnable…. elle se pose encore plus quand on a une famille derrière, sinon je roule au vigeant ce WE et j’y vais pas avec le sourire pour l’instant peut etre le tournant de ma passion

  3. fredmostro le 12/09/2012 at 10 h 33 min

    en même temps,le seul qui ne se plante pas, c’est celui qui reste à la maison.
    en moto, et plus encore sur piste, il y a quand même un moment où si tu veux vraiment progresser, il faut accepter la chute…c’est con mais c’est comme ça. Après, à partir du moment où tu tombes, intervient le grand facteur aléatoire, qui peut pour un rien transformer une chute en drame…
    je penses quand même qu’on est surtout vivant quand on se relève…alors à l’an prochain sur une autre moto aux 24 h !

  4. Mékilékon le 12/09/2012 at 9 h 43 min

    Celui qui ne se plante pas ne pousse pas…

  5. Le Concombre Masqué le 12/09/2012 at 8 h 05 min

    Après la pluie vient le beau temps! T’es désormais un vrai galérien de l’endurance et la prochaine course de 24h ne sera peut-être pas aussi dure que celle-là! Courage et à bientôt sur une moto d’endurance!