Reportage : Préparer son propre Café-Racer

D’où vient le phénomène café-racer ?

D’après Fred, membre fondateur de l’atelier de préparation parisien Blitz, les café-racer tiennent leur origine des jeunes anglais des années 60, fans du Continental Circus, qui pour s’identifier à leur idole, « caférisaient » leur moto en leur donnant des allures de sportives. Après avoir installé, guidons bracelets et commandes reculées sur leur machine, ils se tiraient la bourre de café en café. 

 

I : Les différents courants de la customisation

Il existe autant de courant que l’on peut en définir, au grand dam de Fred, qui s’est évertué à m’expliquer que cataloguer les genres ouvre la voie aux dogmes et limite la créativité. Il  y a donc :

  • les café-racer, pour les « courses des café ».
  • les scrambler, de l’anglais « to scramble » qui signifie se faire secouer, ces prépa étant dévolues aux escapades tout-terrain,
  • les chopper, de l’anglais « to chop » qui signifie coupé, puisque la première étape de ce genre de moto est de couper le cadre
  • les street-tracker, soit l’adaptation de moto de dirt-track à la ville
  • etc

Bref, il en existe pas mal, mais nous nous arrêterons sur la plus en vogue d’entre elle, les café-racer. A retenir :  la recette présentée ci-dessous convient pour tout type de « préparation ».

II : Les étapes d’une préparation vintage

Pour concevoir un café-racer il existe une recette universelle, mais c’est à vous de choisir les ingrédients  pour vraiment réaliser une moto à “votre sauce”Chaque modèle, chaque projet vous confrontera à des problématiques différentes. Si vous vous lancez dans une préparation maison, il y aura toujours des grumeaux à dissoudre. Mais avec un peu d’huile de coude et de réflexion vous parviendrez toujours à les résoudre. Sachez enfin que profiter du fruit de son labeur, après avoir fièrement digéré tous les pépins, est un plaisir unique qui donnera à vos balades une toute autre saveur. Ce sont deux talentueux amateurs, Vincent et Florentin, qui nous ont aidé à concocter cette méthodologie.  Attention, elle ne fera pas de vous de véritable préparateur, qui, bien souvent construisent toutes leurs pièces sur mesure, mais elle vous donnera une trame à suivre pour réaliser une machine à votre goût et à votre image.

–> Retrouvez la galerie photo des motos de nos conseillés Vincent et Florentin [II]C

Choisir sa base moto. Le choix d’une base pour une préparation est en réalité assez simple. Il n’y a pas de modèle prédéfini pour cet exercice, privilégiez simplement une moto plaisante à rouler et qui dispose d’un moteur et d’un châssis esthétique. Bien entendu selon votre budget vous pouvez opter pour des machines plus ou moins récentes, mais l’intérêt de l’exercice réside essentiellement dans le fait de redonner vie à de veille tripe. Les modèles les plus plébiscités sont d’antiques Honda CX 500 des années 90’ et  autres BMW à flat Twin. Non-exhaustivement, nous vous conseillons les Honda Seven-fifty, Ducati Monster, Moto Guzzi V7, Honda CB de toutes cylindrées ou encore d’anciennes Triump BonneVille ou Truxton.

Ici le CB 350 de 1972 de notre ami Florentin.

 


Contrôler le bon fonctionnement mécanique. La seconde étape est de contrôler l’état mécanique de la moto qui vous sert de base. Faites en sorte de travailler sur une moto saine et en bonne état. Videz un flacon de parfum sur une poubelle ne rendra pas son fumet plus agréable. Réalisez l’entretien en amont des transformation préservera vos travaux esthétiques, tels que les peintures, des maladresses mécanique. Vous vous en doutez cette étape est primordiale mais parfois délicate, alors n’hésitez pas à faire appel à un professionnel si vous n’avez pas l’audace de la réaliser par vous même.

Ici le bas moteur de notre petite Honda CB 350.

 


Désosser la machine, prendre les côtes et définir votre styleUne fois la machine révisée, déshabillez-la de tous ces éléments d’origines. Réservoir, support de plaque, carénage, selle etc.. Il ne doit rester que le châssis et le moteur. C’est à partir de ce squelette que vous pourrez repenser l’habillage et imaginer la nouvelle peau de votre belle. Afin de mener votre réflexion stylistique dans les meilleures conditions, prenez toutes les proportions de votre machine. Le but étant de connaître les dimensions de chaque partie à rhabiller, pour trouver les pièces les plus harmonieuses possibles. Vous pouvez procéder à l’œil comme Vincent, ou bien, travailler en amont comme a pu le faire Florentin, avec ça Honda CB350.

 


Trouver des pièces. Pour trouver vos pièces, rendez-vous sur les sites de fournisseurs d’accessoires vintages. Parmi eux il y a MAD, Birh, ou encore Evo X racing, French Monkey… Vous pouvez aussi récupérer des éléments sur d’autres modèles, ou encore demander à des artisans spécialisés de vous faire vos pièces sur-mesure comme a pu le faire Florentin. Avant de sélectionner les pièces finales, l’idéal est d’en essayer quelques-unes pour être sûr qu’elles s’harmonisent bien avec la ligne de votre machine.

Ici une tubulure d’échappement réalisée sur mesure par un chaudronnier.

 


Recréer ou adapter les points de fixation. S’il s’avère nécessaire sur votre modèle, ce travail est l’un des plus laborieux. Il va falloir adapter, ou souder des pattes de fixation pour toutes vos pièces. Réservoir, selleries, phare, carénage arrière seront les plus complexes.

 

L’adaptation de commande reculée par exemple, a demandé quelques modifications notamment au niveau de la tige de sélecteur.

Dissimuler ou modifier les appendices mécaniques et électriques trop encombrants. Batterie, boîte à air, faisceaux électriques… sont autant d’appendices qu’il va falloir dissimuler, voire supprimer, pour ne pas perturber la ligne épurée et dépouillée d’un café-racer. Souvent les batteries sont situées sous la selle conducteur, si ce n’est pas le cas et que vous le pouvez, installez-les dans la coque arrière. Ce genre de détail rentre aussi en compte dans la sélection du modèle de base. Pour ce qui est de la boite à air, le plus simple est de la supprimer au profit de cornets type racing, bien plus racés. Pour les modifications du faisceau électrique, nous vous conseillons de faire appel à un professionnel. Bien-entendu, selon les projets et les modèles de départ cette étape n’est pas nécessaire.

 

Placé initialement sous la selle, Florentin a caché le redresseur de tension sous le bras oscillant en soudant deux pattes de maintiens. A noter, toutes les soudures ont été reprise une fois le cadre à nu.

Le “montage à blanc”. Ce que nos experts appellent le “montage à banc”, c’est le moment où toutes les pièces qui ont été choisies doivent être installées sur la machine. Assurez vous que tout fonctionne correctement et faites des essais roulants, avant même de réaliser la peinture, pour trouver les défauts de fixation, les potentiels dysfonctionnements mécaniques, ou autres défauts de montage. 

Voici la première étape du premier remontage. Après avoir installé son réservoir Florentin a réalisé un rapide essai dynamique.


Démontage et peinture.
 
Le moment des finitions et du peaufinage est arrivé. Vous n’avez plus qu’à tout re-démonter, et trouver un artisan peintre compétent pour réaliser votre nouvelle peinture ! Profitez de ce démontage pour fignoler vos modifications. Si vous le pouvez,  repeignez cadre, moteur, jante et bras-oscillant, cela offrira une finition léchée à votre prépa’.

 

La voilà enfin peinte, il ne reste plus qu’à peaufiner deux trois détails puis elle sera prête !

III : Budget moyen

Bien évidemment ce genre de travaux à un coût et il différera en fonction de vos projets. Mais pour vous donner un ordre d’idée, voici le budget matériel réclamé par la préparation de Florentin sur base Honda CB 350.

Cintrage de la boucle arrière : 200€  / Demi guidon : 109€

Soufflet neuf de Yamaha 125 TW : 80€ / Cornets : 25€

Commande reculé universel : 230€  / Centrale clignotant : 5€

Clignotant led : 39€  / Feu arrière led :  55€  / Compteur : 85€

Batterie lithium : 80€  / Silencieux : 50€  / Support phare : 4€

Selle sur mesure : 450€  / Tube inox pour créer un échappement sur-mesure : 80€

Soudure du pot par un professionnel : 70€  / Peinture du réservoir par un carrossier : 250€

Peinture cadre et jantes, tube de fourche en peinture “epoxy” : 200€

Budget total (hors moto) : 2012

IV : Est-ce qu’une préparation café-racer est homologuée ?

Fred nous a expliqué qu’un garagiste n’a, dans tous les cas, pas le droit de toucher la puissance du moteur, du freinage, ni de toucher l’angle de chasse d’une moto. De plus, selon l’Article R322-8 sur « les changements notables », il est interdit de modifier tous les éléments notifiés sur la carte grise (CG), sinon elle perd son homologation. Il faut donc que la machine corresponde scrupuleusement à toutes les mentions de la CG. Par exemple, le changement de diamètre et de largeur de roue, la taille de pneu, l’augmentation de la puissance (dénommés P.6 et P.2 sur la CG), du poids (dénommé G et G.1 sur la CG), de la cylindrée (dénommé P.1), du niveau sonore (dénommé U.1)  etc, sont à proscrire.

Mais le membre fondateur de Blitz explique également que pour ses préparations, une loi lui rend bien service. Il s’agit du premier article du code civil, qui dit que « aucune loi n’est rétroactive, sauf si définie dans la dite loi ». De la sorte, une moto antérieure à 1984, n’ayant pas eu l’obligation à sa sortie d’être dotée de clignotant, n’a pas l’obligation d’en disposer en 2017. D’où l’intérêt de prendre des machines anciennes… D’une manière générale, lorsque vous remplacerez des pièces, veillez à le faire avec des pièces dîtes C.E, c’est-à-dire homologuées par la législation française et européenne.

Et puis comme nous l’a confié Fred de Blitz, une moto modifiée, à plus forte raison quand il s’agit d’une ancienne, attire davantage les regards et la curiosité des forces de l’ordre, que leur vigilance.

Pour l’assurance de votre véhicule, certains assureurs tel que la Mutuelle des motards, proposent des assurances sur-mesure pour votre moto personnalisée.

 

V : Besoin d’inspiration ?

Pour trouver l’inspiration, les réseaux sociaux sont de très bons outils. Nous vous suggérons d’utiliser le hashtag #caferacer sur Pinterest, ou encore consulter des comptes Instagram tel que Kaferacers ou Caferacergram. 

 

Et les hispsters dans tout ça ?

D’après Fred, la première utilisation historique du mot « hipster », qui vient du mot « hip » : les hanches, s’est faite dans les années 30 et 40 aux USA à l’époque de la ségrégation. Les blanc et les afro-américains n’écoutaient pas les mêmes musiques, et de fait ne dansait pas de la même manière. Les blancs les plus ouverts tentant de reproduire les danses afro sans succès, particulièrement au niveau des hanches, finirent par hériter du surnom de « hipster ». Nous ne rajouterons rien de plus à ce sujet.. 😉