Enquête exclu : dans la jungle des radars

Montage dossier radars
Moto Journal vous emmène dans la jungle des radars.

Principal pilier de la politique de sécurité routière, la répression de la vitesse et le radar, son arme essentielle, bénéficient des ultimes raffinements technologiques pour traquer les usagers. Entre la privatisation, les différents types de machines, les statistiques et le rappel des peines encourues, la rédaction de Moto Journal vous emmène faire un tour dans la jungle des radars.

Retrouvez toutes les photos des différents radars plus bas

1- L’externalisation des contrôles radars mobiles mobiles

L’idée ne date pas d’hier : le 2 octobre 2015, Manuel Valls, alors Premier ministre, annonce que les voitures banalisées embarquant les radars seront prochainement conduites par des sociétés privées et non plus les représentants de l’Etat.

Deux ans plus tard, et après six mois d’expérimentation en Normandie avec six voitures-test, le projet touche à son but. Mais tant sur le fond que sur la forme, la pilule ne passe toujours pas.

Revenons d’abord sur le message. Officiellement, le but de l’opération est de réaffecter les quelque 400 agents de police mobilisés à la conduite des voitures sur d’autres missions telles que la sécurité.

Un bel écran, qui ne suffit pourtant pas à faire oublier la réalité : pour la troisième année consécutive, la mortalité routière sur les routes a augmenté en 2016, avec 3 477 morts– une première depuis 1972.

Renforcement des contrôles

Plutôt que de déduire les limites du système actuel, le gouvernement opte donc pour un renforcement des contrôles. Et, à ce titre, la délégation aux sociétés de chauffeurs est une aubaine. Actuellement, les voitures banalisées tournent en moyenne 1 h 13 par jour. Pas assez, pour le ministère de l’Intérieur, qui fixe pour l’instant un quota de 8 heures quotidiennes.

Difficile de ne pas y voir un intérêt financier. De 100 millions annuels actuellement, les recettes des voitures-radars entre les mains d’une société privée pourraient grimper à 500 millions d’euros par an. De quoi rentabiliser, au passage, les investissements consentis sur l’équipement des 383 voitures qui, rappelons-le, coûtent environ 70 000 € pièce.

920 millions d’euros de recettes

Contacté par Moto Journal, le Délégué interministériel à la sécurité routière Emmanuel Barbe réfute pourtant toute idée de manne financière. Il rappelle qu’en 2016, les recettes des contrôles radars ont atteint 920 millions d’euros, quand le budget consacré à la Sécurité Routière a, lui, dépassé les 3,4 milliards d’euros.

Et de reprendre : “Par ailleurs, nous avons dit plusieurs fois que les entreprises ne seraient pas rémunérées au nombre de flashes, mais au nombre d’heures passées sur la route.” On joue sur les mots, car augmenter le nombre d’heures de roulage revient statistiquement à augmenter le nombre de flashes. Et pourquoi pas, à terme, faire rouler les voitures 24 h/24, avec une démultiplication mathématique du nombre de contraventions et des recettes générées ?

Répression toujours

Voilà le fond de ce projet contestable, et la forme n’est pas plus séduisante. Car la sécurité routière est une mission de service public. Dès lors, “pourquoi ne pas la confier à des fonctionnaires ?, s’interroge Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. On nous rabâche qu’il y trop de fonctionnaires, donc si on va chercher des sociétés privées pour conduire ces voitures, c’est qu’il est question d’argent, mais pas de sécurité.” A cette question, pas de réponse du côté du ministère.

Autre zone d’ombre : la modification des machines œuvrant dans les voitures-radar. Car jusqu’à présent, le radar embarqué en voiture ne fonctionnait qu’en présence d’un agent de police (passager). Il a donc fallu rendre le système entièrement autonome afin que les chauffeurs n’aient qu’à conduire.

Adaptation des voitures contestable

Pour ce faire, le ministère de l’Intérieur a fait appel à la société Fareco, celle-là même qui équipe les voitures depuis 2012. Selon nos confrères de Marianne, le ministère aurait procédé à la prolongation du contrat avec Fareco en juillet 2016, en toute discrétion, sans faire le moindre appel d’offre.

Une méthode pour le moins proscrite par le code des marchés publics. Là encore, on botte en touche au ministère, en rappelant que seul Fareco détient les certificats d’homologation permettant de faire fonctionner les appareils.

Les premières verbalisations en décembre

Tant sur le message que sur la méthode employée, le projet d’externalisation des contrôles radars mobiles-mobiles laisse donc sceptique. Emmanuel Barbe ne cache pourtant pas sa volonté : “Nous voulons instiguer dans l’esprit des gens qu’ils peuvent être flashés à tout moment afin qu’ils ralentissent.”

Une nouvelle preuve que la Sécurité routière mise plus sur la répression que sur la responsabilisation des usagers de la route. L’appel d’offre pour savoir quelle société remportera la mise est encore en cours. Les premières verbalisations officielles devraient avoir lieu entre le mois de décembre et le mois de janvier.

Les contrôles mobiles, mobiles, comment ça fonctionne ?

A compter de la fin de l’année, 383 voitures (plus cinquante autres de réserve) circuleront en France. La répartition sur le territoire ne change pas par rapport aux anciens modèles. Les chauffeurs suivront un itinéraire intégré dans les GPS et seront suivis en temps réel pour s’assurer du trajet.

Chaque voiture roulera environ 8 heures par jour, uniquement sur le réseau secondaire, pour une moyenne comprise entre 500 et 600 km quotidiens. L’entreprise n’aura aucunement accès aux données enregistrées par les voitures, qui restent propriété de l’Etat. Les contraventions seront toutes contrôlées au centre de Rennes avant l’envoi au contrevenant.

2- Toujours plus de flashes… Mais pas moins de morts sur les routes

Jamais les radars automatiques de France n’ont autant flashé. En 2016, le nombre de flashes a carrément augmenté de plus de 26 %. Idem pour presque pour les avis de contravention : plus 20 % ! Pendant ce temps, le nombre des tués sur les routes ne diminue pas.

La petite entreprise des radars ne connaît pas la crise… En 2016, selon des chiffres récemment publiés par le gouvernement, 4 398 “équipements” ont flashé 25,6 millions de fois. Tout compris, c’est 26,3 % de plus qu’en 2015. Idem ou quasiment pour ce que les pouvoirs publics appellent les “avis de contravention” générés par les flashes : plus 20,6 % (16 millions d’avis).

Une collaboration européenne

Selon la Sécurité routière, cette hausse des avis de contravention serait d’abord “essentiellement liée à l’activité des radars autonomes sur les chantiers, à l’augmentation des radars double-sens (plus 400) et des voitures-radars (plus 124).” Autre explication, la collaboration avec douze pays européens qui fournissent désormais les informations pour verbaliser les étrangers.

Pourtant, le nombre annuel de tués sur les routes ne cesse d’augmenter depuis 2014 : quel paradoxe ! La Cour des comptes s’en étonnait elle-même en juin dernier, expliquant au passage que “plus de 50 % des recettes des amendes ne sont pas directement affectées à la mission.

3- Les différents types de radars

C’est un véritable arsenal dont disposent les autorités pour traquer en ville, sur les routes et autoroutes, le moindre de nos dépassements de vitesse.  Voici la liste de ces appareils qui fleurissent sur nos routes et détournent notre attention.

Radars fixes classiques

  • Année de mise en service : 2003
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 2 016
  • Signalisation : oui
  • Fonction : mesure la vitesse dans un sens de circulation (par l’avant ou par l’arrière)
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 % (< 100 km/h), ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances : portée 50 m, de 1 à 4 voies
Radar fixe_yplc
Radar fixe classique.

Radars laser (jumelles ou pistolet)

  • Année de mise en service : 1997
  • Nombre au 1er juillet 2017 : n.c. (3 647 ?)
  • Signalisation : non
  • Fonctions : mesure la vitesse dans un sens (par l’avant ou par l’arrière), pas de photo
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 % (< 100 km/h), ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances : portée de 450 à 1 000 m suivants modèles, jusqu’à 300 km/h
Radar jumelles
Radar laser, jumelle ou pistolet.

Radars fixes double sensradars-double-sens-nouveau-fonctionnement-1_largeRadar fixe double sens.

  • Année de mise en service : 2015
  • Nombre en 2017 : 600
  • Signalisation : oui (dans les deux sens)
  • Fonctions : mesure la vitesse dans les deux sens de la circulation
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 % (< 100 km/h), ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances : portée 50 m dans les deux sens, identifie les voies (Mesta 210C)

Radars fixes double face

  • Année de mise en service : 2016
  • Nombre au 1er juillet 2017 : + 500
  • Signalisation : oui
  • Fonction : mesure la vitesse dans un sens de circulation par l’avant et par l’arrière, ceci dans le but d’éviter les contestations
  • Marge d’erreur (tolérance) : pas de contrôle
  • Performances : portée de 40 à 50 m
Radar fixe double face.
Radar fixe double face.

Radars feux rouges

  • Année de mise en service : 2009
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 701
  • Signalisation : non
  • Fonctions : contrôle du franchissement, contrôle de la vitesse au feu vert
  • Marge d’erreur (tolérance) : dépassement de la ligne non sanctionné, mais pas celle du feu tricolore
  • Performances : couvre jusqu’à 4 voies de circulation
Radar feu
Radar feu

Radars de passage à niveau

  • Année de mise en service : 2012
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 80
  • Signalisation : non
  • Fonctions : mesure la vitesse dans un sens par l’avant ET par l’arrière
  • Marge d’erreur (tolérance) : 3 secondes en agglomération, 5 hors agglomération
Radar de passage à niveau.
Radar de passage à niveau.

Radars discriminants

  • Année de mise en service : 2011
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 399
  • Signalisation : oui
  • Fonctions : distinction du type de véhicule, poids lourds, voitures, deux-roues et identification de la voie
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 km/h (< 100 km/h) ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances : portée 45,5 m, de 40 à 250 km/h
Radar Discriminant
Radar Discriminant.

Radars mobiles (hibou)

  • Année de mise en service : 2016
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 501
  • Signalisation : non
  • Fonctions : mesure la vitesse par l’avant ou l’arrière, embarqué dans un véhicule arrêté et positionné sur le bord de la route, ou bien sur trépied.
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 km/h (< 100 km/h), ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances : n.c.
radar hibou
Radar hibou.

Radars mobiles nouvelle génération

  • Année de mise en service : 2016
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 383
  • Signalisation : non
  • Fonctions : mesure la vitesse dans les deux sens à l’arrêt ou en circulation depuis un véhicule banalisé. Concerne les grands excès de vitesse.
  • Marge d’erreur (tolérance) : 10 km/h (< 100 km/h) ou 10 % (> 100 km/h)
  • Performances : fonctionne avec géolocalisation, radar + tablette affichant les images, à l’arrêt ou en éloignement-rapprochement
radar mobile mobile
Présentation à la presse du radar mobile de nouvelle génération.

Radars tronçons

  • Année de mise en service : 2012
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 103
  • Signalisation : oui
  • Fonctions : mesure la vitesse moyenne sur une portion déterminée
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 % (< 100 km/h) ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances :  mesure entre 150 m et 30 km
radar tronçon
Radar tronçon.

Radars autonome (de chantier)

  • Année de mise en service : 2012
  • Nombre au 1er juillet 2017 : 248
  • Signalisation : oui
  • Fonctions : mesure, pendant des travaux, la vitesse dans un sens par l’avant ou par l’arrière
  • Marge d’erreur (tolérance) : 5 % (< 100 km/h), ou 5 % (> 100 km/h)
  • Performances :  mesure entre 20 et 50 m, par rapport au temps de parcours
radar chantier
Radar de chantier.

Radars pédagogiques

  • Année de mise en service : 2016
  • Unités déployées en 2016 : 882 au 1er juillet 2017
  • Signalisation : non
  • Fonctions : affiche la vitesse en vert en-deçà de la limite, en rouge au-delà
  • Marge d’erreur : pas de contrôle
radar_pedagogique
Radar pédagogique.

 

Top 10 des radars qui flashes le plus

FLASHES VOIE SENS DE CIRCULATION DéPARTEMENT TYPE
         
159 520 A9 Nîmes vers Béziers 34 Fixe
120 750 A10 Paris vers Chartres 91 Fixe
116 288 A8 Puget-sur-Argens vers Mandelieu 83 Fixe
115 194 A40 Chamonix-Mont Blanc vers Mâcon 74 Fixe
108 502 A5 Paris vers Lyon 21 Fixe
106 373 A1 Province vers Paris 93 Fixe
98 747 A7 Marseille vers Lyon 69 Fixe
95 732 A10 Province vers Paris 91 Fixe
93 673 A8 Italie vers Aix-en-Provence 6 Discriminant
90 645 A10 Paris vers Bordeaux 37 Discriminant

 

Par Pierre Orluc, Xavier de Montchenu et François Lemaur

Vos avis

  1. kha0z le 04/10/2017 at 12 h 38 min

    Petite erreur dans l’article sur les marges inférieures pour les radars.
    La marge inférieure est de 5km/h en dessous de 100 km/h, et non de 5% (cf. http://www.securite-routiere.gouv.fr/connaitre-les-regles/les-radars/les-types-de-radars/radar-vitesse-moyenne)

  2. Legrand le 01/10/2017 at 6 h 31 min

    Toujours du fric, il devrait surtout entretenir l’etat des routes qui se dégrade de plus en plus car cela serait de la vraie prévention et de la sécurité pour tous les usagers.Bien sur cela ne rapporte rien, il nous pompe notre fric ce sont des faux culs.

  3. nanou 17 le 29/09/2017 at 17 h 58 min

    vacances en Andalousie cet été , peu de radars , peu de gendarmes et en plus serviables (ils ont ramenaient les clefs de la moto que j’avais laissé sur le contact ) et pas vu UN accident en quinze jours , mais les espagnols respectent les feus , les distances de sécurité et les piétons , qui traversent sans regarder tellement ils sont surs des conducteurs , faut pas qu’ils viennent en vacances en France …Si tout le monde respectait les autres , on ferait un grand pas , Bowie Ken

    1. bob razovski le 02/10/2017 at 5 h 26 min

      Bof…
      Cet été, vacances à Barcelone et à Madrid : Beaucoup de travail de la police pour faire respecter l’interdiction de téléphoner en circulant (vélos compris), de rouler à contre sens en vélo, de ne pas respecter les feux (toujours vélo)…

      Bon, je l’avoue, sur les trois interpellations auxquelles j’ai assisté, tous les contrevenants étaient français 😉