Vous êtes là, tranquille, debout sur votre canapé à hurler pour soutenir Randy de Puniet dans son dernier tour, en baston pour un podium… On parle souvent de la concentration – de la stratégie ou de l’énervement – d’un pilote en bagarre sur ces quelques derniers virages qui font toute la beauté de la compétition, toute la magie d’une course moto. Mais le téléspectateur, on l’oublie un peu trop.
Mon adversaire, chaque week-end de Grand Prix, ce n’est pas Rossi, Pedrosa ou Stoner mais bien… le réalisateur ! Vous savez, ce grand manitou de la TV qui gère de ces petits doigts agiles toute la retransmission d’un direct, dirigeant une bonne trentaine de cameramen disséminés sur le circuit en choisissant le meilleur angle pour ne rien rater de la bataille sur petit écran.
Et SYSTEMATIQUEMENT, au moment le plus intense de la course, à deux ou trois virages de l’arrivée, ce bon réalisateur bascule sur l’image du vainqueur seul devant, franchissant la ligne en wheeling avec 10’’ d’avance sur le pack de furieux, avant de renvoyer sur un plan de l’équipe qui se congratule devant le muret des stands. Et pendant ce temps, on reste là, en suspensions au-dessus de son canapé, en ayant tout raté du combat de gladiateurs qui se tramait juste derrière…
Je n’en veux pas à Lorenzo – en l’absence de Rossi – de s’échapper en tête, ni aux autres de ne pouvoir suivre son rythme effréné. Mais si Môôôssieur le réalisateur voulait bien un jour passer outre la “figure imposée” du franchissement de la ligne d’arrivée du leader pour ENFIN privilégier le spectacle et la bagarre qui se déroule bien souvent juste derrière, bien je ne lui en voudrais pas non plus !
Il y a pourtant des astuces techniques toutes simples pour contenter tout ce petit monde : Ça s’appelle l’incrustation. Une petite image en haut de l’écran qui montre la domination du leader dans son dernier tour, et en “full-HD 16/9e”, la vraie bagarre qui crève enfin l’écran ! Une sorte de prime au spectacle pour les guerriers de la moto, et un réel contentement pour nous, pauvres téléspectateurs asservis aux dictas du réalisateur.
Ce métier requiert assurément une parfaite connaissance de la discipline sportive dont on assure la réalisation. Alors, que l’on colle des réalisateurs passionnés de moto sur les retransmissions moto. Parce que sans passion, le plus beau spectacle du monde n’a que l’allure d’un simple défilé militaire.
Thiebs,
Téléspectateur passionné et exigeant

Photo : Le réalisateur, seul maître à bord durant les retransmissions sportives (© M.Wong/Dorna)